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Le cheminement dans la pratique du Zen [1]

 

-         traduction provisoire –  droits réservés    -

 

 

Maître Kido Inoué explique ainsi comment procéder dans la pratique du Zen, y compris au stade de la méthode-sans-méthode [cf. infra (6) et (7)] :

On rencontre au cours de la progression dans la pratique du Zen plusieurs étapes importantes. Toutefois, parce qu'elles n'ont rien d'originel ni de définitif, leur liste n'aura qu'une valeur indicative ; la situation de chacun est en effet particulière. Mais, en pratique et du point de vue du maître, il semble que c'est bien ainsi que la structure mentale du pratiquant est transformée.

(1) « Satori » désigne le fait d'atteindre l'Esprit de Shakyamuni [2] et de maîtriser le Bouddha-Dharma [3]. À cet effet, vous devez : vous débarrasser de  tout sentiment d'avidité ; jurer à tous les dieux et bouddhas votre réelle aspiration à suivre la voie de la vérité ; témoigner une estime et un respect profonds pour les grands Maîtres Zen antiques ; et rechercher un maître authentique.

(2) Lorsque vous aurez trouvé votre maître authentique, ayez simplement foi en son enseignement et pratiquez en conséquence.

(3) Soyez attentif au soi dans le moment présent et rejetez les pensées décousues. Poursuivez cela sans interruption. Néanmoins, vous perdrez instantanément le moment présent en raison de l'immensité du pouvoir de la pensée habituelle. Vous devrez alors redoubler d'efforts. La pratique peut dans de tels moments devenir très difficile.

(4) Afin de couper la pensée aléatoire et de vous forcer à retourner au moment présent, effectuez des torsions avec la partie supérieure du corps d'un côté à l'autre après chaque respiration. Cela préservera aussi de la raideur physique et améliorera le flux continu du corps et de l'esprit. C'est aussi une excellente méthode pour prévenir la somnolence.

(5) Lorsque vous en viendrez à distinguer le moment exact où les pensées affleurent momentanément, moins d'efforts contraignants seront nécessaires pour retourner à votre soi présent. À ce stade, et votre angoisse diminueront, la frontière entre la réalité et la pensée vous apparaîtra plus claire, et pratiquer zazen deviendra d'un coup plus facile.

(6) Bientôt, la dispersion mentale diminuera. Vous ne vous laisserez plus égarer par les pensées aléatoires. Vous serez capable de les laisser aller simplement en les ignorant. A ce stade de votre pratique vous deviendrez capable de percevoir rapidement l'instant où les pensées, les conceptions et la conscience surgissent. Et vous deviendrez  conscient d'un monde où les pensées sont coupées. C'est le monde du vide. C'est alors que zazen devient extrêmement intéressant. Vous acquerrez la capacité de percevoir sans interruption les mouvements globaux de moment-à-moment dans votre vie quotidienne. L'esprit cessera de se laisser entraîner arbitrairement. Néanmoins, il vous restera nécessaire de continuellement prendre garde de ne pas permettre à votre esprit d’être distrait par les sens et les perceptions, car les pensées aléatoires continueront à surgir.

(7) Alors que vous atteindrez le point de pure pensée sans pensée et de l’émancipation du passé et de l'avenir. Vous en viendrez à saisir votre nature originelle confirmant qu'aucune méthode ou approche n'est requise dans la pratique du Zen. Adopter une approche pour faire quelque chose corrompt le monde dans sa nature, tel qu'il est. Il vous faut seulement être tel que vous êtes, vous abandonnant au monde de plénitude sereine dans l'uniformité absolue. Après cela, vous devez seulement « pénétrer ». La pratique du vrai Zen n'est rien d'autre que le moment présent ; chaque instant, seulement. La sérénité dont on fait l'expérience est un calme émotionnel qui apparaîtrait étrange ou anormal à d'autres. L'on saisit que l'on dirigeait déjà sa vie selon la nature du Bouddha ; tout simplement en voyant, en entendant, en sentant et en pensant tel que ces fonctions opèrent d'elles-mêmes. L'on consent à l'état originel des choses préexistant aux mots et aux concepts. Les doutes divers se dissolvent. Étant parvenu à la compréhension  des écrits des anciens grands maîtres Zen, vous vous laisserez fasciner par la stimulation intellectuelle. Mieux vaudra toutefois encore éviter leur lecture.

(8) Par la pénétration incisive et véritable de la chose elle-même, on plonge dans le désintéressement. C'est la récompense du vide. C'est un moment de grande joie. Lorsque l'écart [4] se résorbe soudain, il devient clair que l’écart lui-même n'était rien d'autre qu'une illusion. C'est le Satori et le Nirvana. C'est le présent véritable. C'est le monde émancipé du passé et dans lequel les préoccupations cessent de surgir. Nous devenons le fonctionnement libre de toutes les facultés dont nous avons été dotés. Elles opèrent simplement par le jeu des causes et des effets. Le mental, lui aussi, fonctionne instantanément selon les circonstances du présent, de telle sorte qu'il nous est impossible de trouver quelque endroit où il puisse demeurer. C'est ce qui indique le moment où l'écart disparaît. Ces bonnes nouvelles : « La forme est vide, le vide est la forme. »[5] vous parviennent, et vous comprenez vraiment ce qu'est la simplicité en esprit [6]. Dès lors, même dans la vie mondaine vous ne perdez plus le moment présent et vous devenez capable d'agir simplement puisque toutes les facultés dont vous êtes doté opèrent naturellement. Toutefois il arrive toujours à l'égo-soi [7] de surgir occasionnellement.

(9) À partir de ce moment, l'on entre dans la pratique postérieure au Satori. Le Satori lui-même apporte une conviction et une force énormes, lesquelles se dressent en réciproque devant nous, nous obstruant le Chemin de la parfaite libération. Puisque qu'originellement rien n'existe, la perception du Satori est elle aussi une illusion. Si nous ne possédons rien, il nous est possible de tout devenir au gré des circonstances. On nomme ceci « vraie libération » ou « liberté ». Agir simplement (avec simplicité en esprit)  permet de rejeter le Satori. Rejetant jusqu'au Bouddha-Dharma, le Satori et le Bouddha, nous « pétrissons » simplement le moment présent en devenant une pure fonction telle qu'elle est. Tel un rail s'étirant sur dix mille kilomètres, l'on pénètre simplement et seulement le moment présent par la simplicité en esprit. Alors, au travers de la simplicité en esprit, la simplicité en esprit se consume d'elle-même. Il est essentiel pour les pratiquants de continuer à préserver le moment présent sans céder à la négligence ne serait-ce que pour un instant dans le respect des archives laissées par les grands Maîtres Zen antiques et les Maîtres eux-mêmes.

(10) L'accomplissement ultime, le rejet du Satori et du Bouddha-Dharma tout à la fois est le Grand Satori. Dans la Vraie Réalité, il n'y a rien qui soit considéré ni en tant que réalité, ni en tant que non-réalité. Il s'agit du même monde éclairant que celui de notre grand maître compatissant le Bouddha Shakyamuni qui déclara quant au Satori : « Dans la totalité du ciel et de la terre, Moi seul suis sanctifié ». Celui qui a connu le Grand Satori engage sa vie et sa mort entières dans la joie et dans la dignité en s'abandonnant à la profondeur éternelle de l'existence ; et régénéré par une confiance et une paix mentale illimitées sauve les autres et le monde. Même parvenus à ce stade, les grands Maîtres Zen du passé s'efforçaient d'autant plus de « pétrir » la simplicité en esprit.

Myôchô Sôhô, Professeur National Daito (1282-1337), laissa pour dernières paroles ce verset :

 

      Tranchant les grands maîtres Zen en deux -

      Polissant[8] à tout moment une épée aussi affûtée qu’un rasoir ;

      Là où les mots ne peuvent exprimer l’inexprimable

      Les crocs mordent le ciel vide [9].

 

Même après avoir épuisé le Satori, il continua à polir le monde où il n'y a rien à polir [10]. Il n'y avait pour lui plus rien à dire, de sorte que les mots lui avaient été soustraits, et qu'il ne put davantage ouvrir sa bouche. Pas même Bouddha ne pouvait le déranger. Bouddha s'est probablement incliné devant lui en signe de profonde gratitude.

La magnificence du cadre dans lequel il s’inscrit est un accompagnement nécessaire à l’effort véritable ; les résultats accompagnent en effet à la perfection leurs causes. Par le fait même que les grands Maîtres antiques nous ont transmis leur enseignement sacré, il est possible par l'effort pour n'importe qui de réaliser la Voie dès à présent. Le Bouddha-Dharma pénétrant le Bouddha-Dharma, la Vérité stimulant la Vérité, et l'Esprit pénétrant l'Esprit, tout cela est dû à la Voie. Par conséquent, nous pratiquons la Voie pour la Voie. C'est Bodaishin, l'Esprit qui recherche la Voie.

L'homme est une créature qui, plus que tout, chérit et estime la Vérité. A travers le repentir il est doté de la capacité de se transformer volontiers. Par cette capacité et le pouvoir de ses idéaux, l'homme maintient une conviction ferme dans la valeur insondable de cette existence. Le centre de l'homme sera toujours son cœur-esprit dont le noyau est en retour l'esprit vrai, un désir de s'améliorer, et la compassion. C'est également les idéaux, l'endurance, l'introspection et le repentir. C'est l'esprit vide de toute duperie ou trahison et dont la dignité estime, plus que tout, le caractère sacré du Dharma.

On dit que le temps vole plus rapide qu'une flèche, et que le sort frappe plus vite que la foudre. De même, les anciens grands Maîtres Zen se sont écriés : « Les autres ne sont pas moi. Il n'y a pas le temps d’attendre ». Puissions-nous estimer et préserver ces paroles ; nous devrions nous hâter de ressusciter les Maîtres antiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Atsunobu Tomomatsu, en appendice de la traduction anglaise du récit de son expérience zen avec Maître Kido Inoué  intitulée The Method of  Zen : A Scientist’s Experience and Consideration, ajoute ce texte absent de la version originale japonaise, et dont nous vous proposons la présente traduction française.

[2] Bouddha.

[3] La Loi du Bouddha.

[4] En anglais, « gap ».

[5] Traduction, très différente, d’une autre version anglaise : « Tout est vanité, et rien n’existe que le vide ».

[6] En anglais, « single-mindedness » exprime l’idée d’un processus mental simple et direct, résolu et sûr. Dans une autre version en anglais, on trouve l’expression « as-it-is » pour expliquer la perception des choses pour ce qu’elles sont et rien d’autre.

[7] En anglais, « the ego-self ».

[8] En anglais, « Polishing ».

[9] Cf. note ci-dessous.

[10] Voici la traduction d’une autre version anglaise du texte, qui résume ces paroles et leur commentaire : « Le Professeur National Daito déclara : « En rejetant au loin les Bouddhas et les Patriarches, ne négligez pas le shugyo (pratique du zen). » Profondément éveillé, il les rejeta aussi, et polit où il n’y avait plus rien à polir ».